La vérité sur la déportation des africains

 

Nous avons tous grandi avec des images d’africains qui, malgré l’avantage de leur nombre, se laissaient arracher à leurs vies avec passivité. Ils étaient souvent dépeints dans des positions de soumission, soit assis les épaules voûtées par la résignation, soit debout la tête penchée avec des chaînes au cou et aux poignets. Le matraquage incessant de ces images dans les livres, les films et les manuels scolaires a implanté dans nos esprits l’idée erronnée que les africains ont accepté la déportation et l’esclavage.

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exemple de puissance africaine : l’empire du Bénin (peuple Edo)

Cette propagande à l’instar de nombreux autres  stratagèmes a été mise en oeuvre pour nier la puissance, l’érudition, la sophistication, les connaissances scientifiques,  l’avancement technologique et la magnificence des civilisations africaines. En effet, seuls des individus qui ne quittent rien de valable se laisseraient enlever sans réagir. Saisissez un enfant qui est comblé de bienfaits des bras de sa maman et observez sa réaction ! En revanche tendez les bras à un enfant qui connaît dénuement matériel et carence affective, il y a de fortes chances qu’il ne s’accroche pas à sa famille. De fait, en étant exposée à autant d’images de passivité, la logique de notre esprit déduit inconsciemment que les africains ne laissaient rien de précieux derrière eux s’ils acceptaient leur éloignement avec autant de docilité. La vérité est toute autre !

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Beaucoup d’africains ont réussi à prendre le controle des navires.

Ce qu’on ne nous raconte jamais à l’école dans le chapitre esclavage ce sont tous les cas de révoltes qu’il y a eu à bord des navires négriers. Certaines mutineries ont échoué car les africains n’étaient pas armés et les différences de langage les empêchaient de se synchroniser. D’autre part, l’équipage ripostait avec des fusils et possédait l’avantage de connaître tous les recoins du bateau. Cependant un nombre très important de ces soulèvements a abouti. En voici 6 exemples marquants parmi plusieurs centaines archivés :

1751: Non loin de la Sierra Leone le Willingmind est incendié par les captifs africains et ces derniers regagnent la côte.

1767: Après 4 jours de navigation, les captifs africains de L’Industry éliminent l’équipage et remettent le cap sur l’Afrique. Ils réussissent à regagner leur royaume.

1769: Des Africains du Nigeria partent en pirogue délivrer les captifs du Nancy, qui vient de lever l’ancre. La lutte est victorieuse et tous les africains regagnent le continent.

1770: L’Ave Maria, en partance pour la Guadeloupe, est pris d’assaut par des Africains du littoral qui libèrent les captifs.

1771: 52 captifs du Nécessaire se libèrent et retournent en Guinée-Bissau.

1780: Aux abords des côtes de la Guyane, 200 déportés prennent le contrôle de La Vigilantie et gagnent le rivage avant de se fondre dans la forêt amazonienne pour fonder de puissants refuges.

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Prise de controle d’un navire par des africains

L’idée que les africains acceptaient leur sort avec docilité et résignation est totalement erronée. Les européens se sont heurtés à une résistance coriace du début à la fin de leur tyrannie en Afrique. Et pour cause, il était inenvisageable pour les sociétés africaines de renoncer à leurs empires prestigieux, leurs modes de gouvernance, leurs spiritualités, leurs organisations, leurs savoirs, leurs langues, leurs cultures et leurs identités. Tous les peuples africains ont fait la guerre pour repousser l’invasion du colonisateur. Du nord au sud, et de l’est à l’ouest. En parallèle les captifs africains se sont révoltés sur les bateaux. Ils ont saisi chaque opportunité de se libérer, quitte à prendre le risque de se perdre par manque de maîtrise de la navigation en pleine mer. Il y avait tellement de bateaux qui disparaissaient en mer à cause des mutineries d’africains que les capitaines de navires négriers avaient du mal à trouver des financements auprès des firmes européennes qui craignaient d’investir à perte. D’ailleurs l’estimation des pertes humaines africaines, chiffrées au Memorial Acte de Guadeloupe autour de 11 millions en 400 ans, est largement sous-estimée ne serait-ce que par rapport à toutes ces vies africaines perdues en mer et jamais comptabilisées dans les registres des ports d’arrivée. Enfin, énormément d’africains déportés se sont évadés ou insurgés dans les plantations une fois en Amérique et dans la Caraïbe. Les africains ont donc résisté à chaque étape du processus de mise en esclavage et ce pendant 4 siècles ! C’est leur combat sans relâche qui a provoqué l’abolition de l’esclavage et non les francs maçons ou les membres de l’élite occidentale.

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extrait du film « Amistad » tiré d’une histoire vraie

La résistance des captifs africains à bord des négriers n’est abordée nulle part au mémorial acte de Guadeloupe. A la place on trouve la vidéo d’un combat entre pirates européens, présentée avec des effets spéciaux extravagants. Ce n’est pas là-bas que la mémoire de ces héros africains, abolitionnistes de la première heure, courageux hommes, femmes et enfants qui ont rejeté la domination européenne, est perpétuée. Si vous souhaitez en découvrir davantage sur les mutineries d’africains je vous recommande plutôt de consulter les journaux de bords recueillis par Jean Mettas dans le « Répertoire des expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle » tome 1 (1978) et tome 2 (1984). Partagez cet article avec le plus grand nombre afin que nous retrouvions une vision équilibrée des évènements qui ont eu lieu en Afrique tout au long de l’histoire. Les lions commencent à avoir leurs historiens, maintenant il faut relayer leurs récits et c’est votre rôle !

Safia Enjoylife

 

source:

Mutinerie sur les navires négriers, Lorenzo Johnston Greene, Phylon, 1944.

Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, Elizabeth Donnan, Carnegie Institution of Washington, 1930-1935, 4 vol.

Slave Ships and Slaving, Salem, George Dow, 1927.

Journal of a Slave Trader, 1746-1757, Nicholas Owen, Eveline Martin (dir.), Londres, 1930.

article « révoltes réussies à bord de navires négriers » du site une autre histoire.

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